Nous voici ensemble au point n°1. Nous commençons notre voyage dans le temps rue des Remparts, dont l’histoire ressemble à un véritable roman !
Autrefois nommée rue Pont-de-l’Arche, cette artère abritait un couvent des Carmes qui connut mille et une aventures. Après la Révolution française, lorsque les fortifications de la ville furent vendues et démolies, le quartier se métamorphosa complètement.
En 1830, les anciens fossés défensifs furent comblés pour laisser place à une vaste esplanade de marché. Imaginez l’animation de l’époque : les cris des marchands vantant leur marchandise, le tintement des pièces qui changent de main, les parfums mêlés des produits frais et des épices !
Le couvent des Carmes, quant à lui, passa entre les mains de deux entrepreneurs audacieux, Messieurs Plummer et Clouet, qui le transformèrent en 1806 en une tannerie florissante. Cette entreprise acquit une telle renommée que le roi Louis-Philippe en personne vint la visiter en 1833 ! Essayez d’imaginer l’émoi des ouvriers voyant arriver Sa Majesté dans leurs ateliers…
L’église et la sacristie du couvent connurent un destin plus artistique, se transformant progressivement en théâtre. En 1907, une nouvelle salle des fêtes-théâtre les remplaça, arborant un style original mêlant art nouveau et influences impériales – un choix architectural audacieux pour l’époque ! L’architecte Marcel Novarina la reconstruisit entièrement en 1965 avec du béton et du verre, avant qu’elle ne soit habillée en 2001 d’un magnifique écrin de verre qui lui confère son apparence actuelle. Vous pouvez admirer ce charmant petit théâtre « l’Éclat » à quelques pas d’ici, juste en face de la Poste, de l’autre côté du parking.
Au début du XXe siècle, les imposantes tanneries Costil s’étendaient le long de la rue des Remparts et à l’angle de la rue d’Orléans, appelée aujourd’hui rue Aristide Briand. Le quartier était si industriel qu’une école eut du mal à y trouver sa place ! L’école des filles ouvrit ses portes en 1882, s’agrandit en 1905, puis fut rebaptisée George Sand avant de devenir l’Office de tourisme de 2016 à 2025. L’office a depuis déménagé rue Thiers.
La place fut renommée Charles de Gaulle après-guerre, en hommage au Général. La famille Costil occupe une place centrale dans l’histoire économique de Pont-Audemer : de 1905 à 2005, soit pendant un siècle entier, leurs tanneries contribuèrent grandement à la prospérité de la ville. Le dernier bâtiment Costil, aujourd’hui désaffecté, se trouve à 10 minutes au 2 Quai du Mascaret. C’est le dernier témoin de cette grande activité qui fit la richesse de Pont-Audemer.
Dirigeons-nous maintenant vers la rue Thiers, notre point n°2.
Sur le pont de la rue Thiers, prenez d’abord le temps d’admirer l’ancienne enseigne « Au Printemps ». C’est un authentique vestige du commerce d’autrefois, un véritable morceau d’histoire commerciale préservé.
Maintenant, tournez votre regard vers la droite. Au fond, vous apercevrez un bâtiment en bois caractéristique : c’est l’un des anciens séchoirs de la ville. Autrefois, sur le flanc droit de ce bâtiment, de petites lames de bois étaient fixées horizontalement. Ces lames, appelées « ventelles », étaient orientables et permettaient de régler finement la circulation de l’air à l’intérieur du bâtiment. Quel était leur rôle ? Faire sécher les peaux, bien entendu !
Le séchage constituait une étape absolument cruciale dans le processus de tannage. Il fallait que l’air circule parfaitement pour éviter que les peaux ne pourrissent ou ne se déforment. C’était un véritable art qui demandait expérience et savoir-faire.
Les tanneries ont façonné l’histoire de Pont-Audemer pendant de nombreux siècles. Thierry Hermès lui-même a travaillé dans un bâtiment similaire à celui-ci, apprenant patiemment les secrets du séchage qui feront plus tard la réputation mondiale de ses cuirs d’exception. Qui aurait pu imaginer que cette petite ville normande, avec ses canaux pittoresques, ses tanneries disparues et ses artisans passionnés, contribuerait à forger l’une des plus belles légendes du luxe français ?
Cette cité du cuir a vu naître le savoir-faire d’un jeune sellier qui créerait un jour un empire faisant rêver le monde entier. Une belle leçon d’humilité et de persévérance !
Direction maintenant le point n°3, le Clos Saint-Mards.
Les venelles et l’eau sont les artères vitales de Pont-Audemer.
Pont-Audemer ressemble à une véritable petite Venise normande, avec ses canaux et ses petits ponts dans tout le centre-ville ! Ces venelles, ces passages étroits que la ville restaure avec amour, étaient autrefois les artères vitales de l’industrie du cuir. Elles permettaient aux tanneurs d’accéder facilement à l’eau des ruisseaux, indispensable pour leurs activités.
Le tannage des peaux était un processus complexe nécessitant énormément d’eau : il fallait nettoyer, tremper, rincer, retremper… Les différentes étapes pouvaient durer des mois ! Les canaux servaient aussi au transport des marchandises grâce à des embarcations à fond plat appelées « échaudes ». Un nom amusant pour ces bateaux de l’époque, qui naviguaient paisiblement entre les maisons.
Ces mêmes canaux, moins poétiquement je vous l’accorde, servaient aussi à l’évacuation des latrines, ou toilettes si vous préférez ce mot… Heureusement, la ville disposait à l’époque de plusieurs fontaines publiques pour l’eau potable ! Les habitants avaient appris à distinguer les différents usages de l’eau qui coulait à travers leur cité et s’en servaient allègrement pour vivre.
Après avoir admiré ces magnifiques maisons d’antan, sortons du Clos Saint-Mard pour nous diriger vers l’église Saint-Ouen, classée monument historique, et qui est toujours en activité aujourd’hui pour les catholiques.
L’église Saint-Ouen est un véritable pan énorme sur l’histoire catholique de Pont-Audemer. Construite ici initialement ici depuis le XI ème siècle dans un style roman, l’église Saint-Ouen a vu passer bien des générations de tanneurs très croyants, une chapelle leur y est donc d’ailleurs consacrée. Le cœur, tout au fond de l’église, est le dernier vestige de style roman autour duquel a fondé tout le reste de l’église au XV ème et XVI ème siècle dans un style gothique. Ses pierres ont été témoins des extensions successives aux 15ème et 16ème siècles, quand la prospérité du commerce du cuir permettait de tels investissements. C’est ce qui a donné son apparence actuelle gothique, restée depuis.
En pénétrant dans cette église, vous découvrez un projet architectural flamboyant qui, hélas, ne fut jamais achevé – comme souvent à l’époque, les ambitions dépassaient les moyens ! Les vitraux qui filtrent la lumière datent pour les plus anciens du 15e siècle. L’orgue, classé monument historique depuis 1971, résonne encore des chants d’autrefois et sert toujours aujourd’hui pour les chants de messe catholique. La Tribune et base du buffet Renaissance de l’orgue date du 16e siècle. Le reste du buffet date du 18e siècle dans un style Louis XVI.
Mais voici un détail qui nous intéresse : dans l’une des chapelles côté gauche, cherchez bien et vous découvrirez le blason de la corporation des tanneurs. Sur ce blason, une devise latine : « patientia et labore » (patience et travail). Ces mots résument parfaitement l’esprit des artisans du cuir, car transformer une peau en cuir demande des mois de patience et un travail minutieux. Thierry Hermès a certainement médité sur ces mots lors de ses visites à l’église !
Si vous êtes féru d’histoire, que vous avez du temps, je vous invite à découvrir mon autre audioguide, dédiée entièrement à cette église Saint-Ouen, qui vous décrira son histoire et tous ces vitraux dans les moindres détails ! Attention cet audioguide est très consistant, il vous demandera à lui seul 2h de visite dans l’histoire unique de cette église et du catholicisme !
Après avoir admiré les magnifiques vitraux de cette église et ses divers tableaux, retrouvons au point n°5 pour la suite !
Durant votre promenade dans l’impasse Saint-Ouen, profitez pleinement du charme authentique de cette ruelle typiquement médiévale. Levez les yeux et admirez les nombreuses gargouilles sculptées qui ornent tous les flancs de l’église Saint-Ouen. Ces créatures fantastiques servaient à l’époque à éloigner les mauvais esprits tout en évacuant les eaux de pluie.
Vous pouvez également observer certaines parties inachevées de l’église, vestiges de sa reconstruction du XVIe siècle dans le style gothique flamboyant, notamment vers le fond de l’édifice. Ces imperfections racontent l’histoire des ambitions architecturales de l’époque.
Une fois arrivé au fond de l’impasse, si c’est ouvert, n’hésitez surtout pas à visiter la galerie Thomas Théroulde. Vous y découvrirez des expositions temporaires mettant en valeur nos artistes locaux talentueux. Ce bâtiment fait partie des plus anciens de Pont-Audemer et mérite à lui seul une visite.
L’impasse Saint-Ouen n’en est pas vraiment une pour les piétons !
Au fond, sur votre gauche, vous trouverez un petit passage discret sous les bâtisses qui vous permettra de rejoindre la rue Aristide Briand, notre prochain point d’intérêt.
Vous pouvez ici contempler le joli petit ruisseau des carmes. Pourquoi ce nom de ruisseau ? Tout simplement car Pont-Audemer a une grande histoire religieuse catholique. C’est au début du 14e siècle que l’on peut voir s’établir à Pont-Audemer le tout premier monastère de type urbain, les Carmes, près de ce ruisseau.
Le Couvent des Carmes se trouvait à l’époque à deux pas d’ici dans la rue des Carmes. Il y a eu autrefois de multiples monastères dans Pont-Audemer, le tout premier fût les Carmes, pour les hommes, ensuite en 1471 les Cordeliers, puis en 1641 les Carmélites pour les femmes, et aussi en 1671 les Ursulines, pour l’éducation des femmes également.
Les Ursulines sont originaires de l’ordre monastique féminin, l’ordre de saint-ursule. L’Ordre de Sainte-Ursule n’existe plus aujourd’hui sous sa forme d’ordre monastique. Tous ces lieux ont donc par la suite fini nationalisés puis revendus comme bien nationaux. Ceci avait entraîné la fermeture temporaire de plusieurs chapelles et du recyclage de bâtiments religieux en salles civiles.
Retournez ensuite un peu sur vos pas pour emprunter la rue de l’épée.
La rue de l’Épée, c’est la rue la plus étroite de Pont-Audemer. Du Moyen-Âge jusqu’à leur interdiction par Richelieu, c’est le lieu où se déroulaient les duels lors de conflits personnels entre habitants de l’époque.
La rue de l’épée est la plus ancienne rue de la ville. Très exiguë, il fallait faire attention où l’on marchait, le caniveau central concentrait les eaux pluviales mais aussi les déchets qui étaient jetés depuis les habitationsé, il était conseillé de longer les bâtisses pour éviter ces déchets… Admirez également les maisons à encorbellement très proches les unes des autres.
Heureusement pour nous aujourd’hui cette ruelle est propre, vous pouvez la traverser sans risque en admirant ces constructions d’époque. Dirigeons nous tranquillement vers la place de la ville, notre prochain point, un des derniers endroits conservé datant du moyen-age.
La rue Place de la Ville était autrefois le cœur administratif et politique de Pont-Audemer.
C’est l’une des plus anciennes rues de la ville, datant du Moyen-Âge. C’est vraisemblablement dans cette rue que se trouvait autrefois la maison commune, l’équivalent de notre hôtel de ville actuel. Imaginez les échevins, ces conseillers municipaux de l’époque, qui se réunissaient solennellement pour prendre les décisions importantes concernant la ville. Ils réglementaient peut-être le commerce du cuir, fixaient les prix des peaux, ou organisaient les marchés locaux.
Parallèle à la rue Clémencin, cette rue enjambe elle aussi le ruisseau des Pâtissiers – un nom évocateur qui rappelle les boulangers de l’époque, qui s’installaient traditionnellement près de l’eau pour leurs besoins professionnels. L’eau était indispensable pour pétrir le pain et nettoyer les outils.
D’avril à fin septembre, vous pouvez observer depuis ce point des visiteurs en canoë-kayak (proposés par l’Association des Castors Rislois) qui découvrent la ville depuis ses canaux, exactement comme le faisaient autrefois les bateliers avec leurs échaudes chargées de marchandises. Une belle façon de redécouvrir le patrimoine !
Contemplez ces magnifiques bâtisses d’un autre temps et dirigeons-nous vers le point suivant, dans la rue Sadi Carnot, pour découvrir un pan fascinant de l’histoire de Thierry Hermès, toujours mondialement connu aujourd’hui avec sa célèbre marque de luxe Hermès.
Découvrons ensemble Thierry Hermès et l’art du cuir à Pont-Audemer. Transportez-vous en 1829 : un jeune homme de 32 ans, Thierry Hermès, arrive à Pont-Audemer avec ses outils de sellier soigneusement rangés dans sa besace. Il ne sait pas encore qu’il est en train de poser les fondations de l’une des maisons de luxe les plus prestigieuses au monde ! Mais pourquoi avoir choisi cette petite ville normande plutôt qu’une autre ?
La réponse tient en un seul mot : le cuir. Pont-Audemer était alors reconnue comme la capitale française du travail du cuir, et ce depuis plus de deux siècles. Dès le XVIIe siècle, les tanneurs et corroyeurs de la ville jouissaient d’une telle réputation qu’ils fournissaient les armées du Roi-Soleil, Louis XIV ! Imaginez ces artisans habiles préparant avec soin les harnachements des chevaux qui allaient galoper dans les batailles glorieuses de Versailles !
Thierry Hermès, ce sellier-harnacheur venu parfaire son art, allait apprendre ici les secrets ancestraux du cuir auprès des maîtres artisans de l’époque. De ses mains expertes, il façonnait les selles, les brides, les étriers et tout l’équipement indispensable à une époque où le cheval était roi des transports. Les ruisseaux de la Risle qui serpentent gracieusement à travers la ville lui offraient l’eau pure nécessaire au tannage, cette transformation presque magique qui transforme une peau brute en cuir souple et résistant.
En 1837, il déménage et s’installe à Paris où il ouvre un atelier spécialisé dans la création de harnais pour chevaux. Son travail exceptionnel lui vaut une reconnaissance lors de l’Exposition universelle de 1867. À sa mort en 1878, son entreprise est déjà mondialement reconnue pour son excellence dans la sellerie de luxe.
La rue Sadi Carnot a été le quartier des notables de Pont-Audemer. Autrefois appelée rue aux Juifs en raison de l’importante communauté juive présente à Pont-Audemer aux XIIe et XIIIe siècles, cette rue se distingue par son organisation rectiligne qui contraste avec le tracé sinueux du cœur historique de la ville. C’était le quartier élégant, où demeuraient les notables et les propriétaires des tanneries les plus importantes et prospères.
Au numéro 15, arrêtez-vous devant le magnifique hôtel particulier de M. Plummer, un entrepreneur d’origine anglaise, tout comme son compatriote M. Eliot. Cette somptueuse demeure bourgeoise vous raconte une histoire fascinante !
D’abord, admirez sa noble architecture : elle est entièrement construite en pierre de Caen, ce calcaire blanc-crème extrait depuis le XIe siècle des carrières réputées du Calvados. Cette pierre noble et prestigieuse, qui a servi à édifier tant de châteaux et cathédrales normandes, témoigne éloquemment de la prospérité et du statut social de son propriétaire.
Mais voici le détail qui vous donnera des frissons : levez les yeux vers le haut de la façade et vous découvrirez une superbe tête de lion sculptée ! Cette tête de lion n’est absolument pas un hasard – c’est un symbole puissant de force et de noblesse, traditionnellement utilisé dans les armoiries et les décorations architecturales. À l’époque, les têtes de lions étaient placées sur les façades comme symboles de protection et de puissance. Si la maison était liée à une activité commerciale comme c’est le cas ici, le lion pouvait également servir d’enseigne distinctive. Comme si le destin avait voulu laisser sa signature royale sur cette façade…
Approchez-vous maintenant des portes en bois peintes en bleu : là aussi, deux autres magnifiques têtes de lion ont été sculptées dans le bois avec un art consommé. Ces trois lions majestueux qui ornent la demeure semblent monter une garde éternelle, témoins silencieux de cette époque où un jeune sellier nommé Thierry Hermès apprenait patiemment son métier entre ces murs chargés d’histoire.
Ces entrepreneurs britanniques avaient remarquablement flairé le potentiel de l’industrie du cuir à Pont-Audemer, mais pouvaient-ils imaginer qu’ils formaient peut-être le futur créateur de l’une des plus prestigieuses maisons de luxe au monde ?
L’organisation des tanneries suivait toujours le même schéma : en façade, donnant sur la rue, la belle demeure du maître avec ses salons bourgeois destinés à recevoir, et au fond de la propriété, dissimulés des regards, les ateliers de tannerie en prise directe avec l’eau du ruisseau. Cette séparation stricte entre l’espace de vie et l’espace de travail témoigne de la hiérarchie sociale bien établie de l’époque.
Dirigeons-nous ensemble vers la suite du parcours, qui concerne cette fois-ci un pilier local de la Résistance lors de la Seconde Guerre mondiale : Louis Gillain.
Cette ancienne place s’appelait autrefois la place du Vieux-Marché. Avant le XIXe siècle, on y trouvait un marché animé avec plusieurs étals colorés où les habitants venaient faire leurs emplettes quotidiennes.
Après la Seconde Guerre mondiale, la place du Vieux-Marché fut renommée place Louis Gillain, en hommage à Louis Gillain, notable local et héros de la Résistance durant l’Occupation allemande. Fusillé par les nazis, il portait courageusement une cocarde patriotique sur son habit lors de son arrestation, un acte de bravoure et de défiance. Son ancienne résidence, une demeure magnifique, est encore visible à deux pas d’ici, au 7 rue des Cordeliers. Vous pouvez l’apercevoir au fond à gauche de la rue des Cordeliers lorsque vous venez depuis la place Louis Gillain.
Cette imposante maison est connue de tous les Pont-Audemeriens. Pourtant, peu de gens savent que cette immense demeure située au 7 rue des Cordeliers, à deux pas de la place Louis-Gillain, a appartenu au résistant Louis Gillain. Même à l’office de tourisme, aucune mention de cette bâtisse n’apparaît dans le parcours ludique sur le thème de la Seconde Guerre mondiale intitulé « Le temps d’un résistant »…
Cette magnifique maison, qui mélange harmonieusement différents styles architecturaux, c’est Louis Gillain lui-même qui l’a fait construire en 1939 sur le terrain des ruines de l’église du Saint-Sépulcre Notre-Dame-du-Pré. Il avait en partie acheté ce terrain à l’évêque, mais le résistant n’aura malheureusement jamais eu le temps de profiter pleinement de sa nouvelle demeure.
Nommé en 1944 chef de l’État-major FFI (Forces Françaises de l’Intérieur) à Pont-Audemer, Louis Gillain sera arrêté par les Allemands, torturé dans les geôles de la prison d’Évreux, puis exécuté le 13 août 1944 à Angerville-la-Campagne avec neuf de ses camarades résistants. Un martyre qui illustre le courage de ceux qui ont refusé l’occupation.
Outre la place où vous vous trouvez actuellement, deux rues en Normandie portent fièrement son nom : à Beuzeville et à Bernay. Un juste hommage à ce héros local.
Dirigeons-nous ensuite au point n°10, en retournant dans la rue Sadi Carnot, puis en direction de la rue Paul Clémencin. Cette ruelle pittoresque se trouvera sur votre droite.
La rue Paul Clémencin représente l’authenticité d’autrefois préservée. Contrairement à de nombreuses autres rues de la ville qui ont été modernisées, celle-ci n’a pas subi l’alignement rigide des façades imposé par les urbanistes modernes. Vous pouvez donc admirer le décrochement naturel formé par les maisons traditionnelles avec leurs magnifiques pans de bois et leurs encorbellements caractéristiques – ces étages qui avancent progressivement au-dessus de la rue, créant un effet saisissant.
Ces maisons anciennes vous racontent l’histoire fascinante de la construction médiévale : le bois était abondant en Normandie, et les artisans savaient le travailler avec un art remarquable transmis de génération en génération. Les encorbellements permettaient de gagner précieusement de la place à l’étage tout en protégeant les passants de la pluie normande. Ingénieux, n’est-ce pas ?
Mais ce n’était pas leur seul avantage ! À l’époque, cela permettait également de payer moins d’impôts, car la surface prise en compte pour la taxation était celle au sol uniquement. Les propriétaires gagnaient ainsi des mètres carrés habitables supplémentaires à l’étage sans augmentation d’impôts. Une forme d’optimisation fiscale médiévale !
Mais qui était Paul Clémencin ?
En novembre 1942, Paul Clémencin entre courageusement en résistance contre l’occupant nazi. Avec un courage exemplaire, il fabrique de faux papiers pour les clandestins, distribue des tracts et des journaux interdits, collecte du renseignement vital, et sert d’agent de liaison pour le maquis Surcouf. Ce maquis était une organisation de résistance fondée par Robert Leblanc, qui constitua l’un des mouvements de la Résistance normande les plus actifs et les plus puissants localement durant toute la Seconde Guerre mondiale.
Arrêté le 14 juillet 1944 – jour symbolique – au lieu-dit « Mont-Désert », à Tourville-sur-Pont-Audemer, Paul Clémencin et trois de ses camarades sont sauvagement exécutés par les nazis. Paul Clémencin a été décoré à titre posthume de la Croix de guerre en 1945, reconnaissance de son sacrifice pour la liberté.
Une stèle commémorative est dressée sur le lieu même de son exécution, et cette rue de Pont-Audemer porte fièrement son nom en son honneur, afin que les générations futures n’oublient jamais.
Êtes-vous gourmand ? Notre prochain point n°11 vous emmènera près de la boulangerie « Le Fournil d’Antan » pour découvrir la spécialité pâtissière locale et unique de Pont-Audemer : le fameux mirliton !
La rue de la République, c’est l’âme commerçante de Pont-Audemer. Autrefois appelée Grand Rue et dotée d’une imposante halle maraîchère à la hauteur de l’église, la rue de la République était déjà à l’époque l’artère commerçante principale et animée de la ville. Imaginez l’atmosphère vivante des jours de marché : les marchands installant leurs étals colorés dès l’aube, les ménagères marchandant habilement le prix des légumes frais, les enfants courant joyeusement entre les stands, les parfums mêlés des produits du terroir…
Aujourd’hui encore, cette rue demeure l’endroit idéal pour une agréable séance de shopping ou pour faire une pause bien méritée à la terrasse de l’un des nombreux cafés et restaurants qui animent quotidiennement la ville ! Les temps changent, les modes évoluent, mais l’esprit commerçant et convivial demeure intact.
Profitez du passage dans cette rue pour absolument goûter notre spécialité locale exclusive : Le Mirliton de Pont-Audemer ! La boulangerie « Au Fournil d’Antan » vous en fournira d’excellents, préparés selon la tradition.
Cette délicieuse spécialité de Pont-Audemer a été inventée en 1340 par Guillaume Tirel, dit Taillevent, cuisinier du Roi et créateur du premier livre de cuisine en langue française : « Le Viandier ». Le mirliton est une pâtisserie raffinée constituée d’une fine pâte à cigarette roulée, généreusement garnie d’une mousse pralinée onctueuse, et fermée aux extrémités par du chocolat noir. Le chocolat n’existait évidemment pas encore en Europe à cette époque, mais il a été astucieusement ajouté à la recette par la suite pour mieux conserver la mousse et faciliter sa dégustation !
Cette pâtisserie succulente et unique, vous ne la trouverez nulle part ailleurs qu’à Pont-Audemer ! C’est notre trésor gourmand local.
Maintenant rendez-vous au point numéro 12 pour une petite visite du musée gratuit Alfred Canel !
Laissez-moi vous raconter l’extraordinaire histoire du Musée Alfred-Canel et de l’homme remarquable qui lui a donné son nom.
Imaginez un homme de conviction, Alfred Canel, né en 1803, dans une époque de profonds bouleversements politiques et sociaux. Alfred Canel commence sa carrière comme avocat, mais rapidement, ses idées progressistes et libérales dérangent les autorités conservatrices. Trop franc, trop avant-gardiste pour son époque, il abandonne le barreau et se lance courageusement dans une vie politique mouvementée, marquée par son engagement pour la liberté.
Le 1er juin 1836 marque un tournant décisif dans sa vie : Alfred Canel crée la toute première bibliothèque publique de Pont-Audemer. C’est un projet visionnaire et ambitieux pour l’époque ! Il obtient l’aide précieuse d’un député de l’Eure qui lui procure les douze volumes prestigieux de « La Description de l’Égypte », véritable trésor encyclopédique. Les monastères voisins lui confient également leurs précieux ouvrages anciens, reconnaissant la valeur de son projet. Voilà comment naît la première bibliothèque publique et accessible de la ville, ouverte à tous.
Mais Alfred Canel paie cher le prix de ses convictions républicaines. En 1851, son opposition farouche et publique à Napoléon III lui vaut de sérieux ennuis avec le pouvoir impérial. Destitué brutalement de son poste de bibliothécaire et assigné à résidence surveillée, cet homme de lettres humaniste et républicain ne se décourage pourtant pas. Au contraire, il transforme admirablement cette épreuve difficile en opportunité et se consacre désormais entièrement à sa passion dévorante : la collecte de livres rares et précieux.
À sa mort, Alfred Canel accomplit un geste d’une générosité exceptionnelle et rare : il lègue sa propre maison ainsi que l’intégralité de son impressionnante collection de livres à la municipalité de Pont-Audemer. C’est un trésor culturel inestimable qu’il offre généreusement à sa ville bien-aimée, assurant ainsi la pérennité de son œuvre.
En 1884, la maison d’Alfred Canel ouvre solennellement ses portes pour accueillir la bibliothèque publique de Pont-Audemer. Aujourd’hui, le musée a soigneusement conservé l’esprit et l’atmosphère du XIXe siècle chers à son fondateur. Vous y découvrirez ses remarquables fonds anciens de bibliothèques, son cabinet de travail intact tel qu’il l’a laissé, et une fascinante galerie des arts et des sciences où se côtoient harmonieusement des collections variées de sciences naturelles, d’archéologie locale et de beaux-arts.
Le musée Alfred-Canel n’est pas seulement un lieu de conservation poussiéreux, c’est un espace culturel vivant et dynamique qui propose régulièrement des expositions temporaires passionnantes et diverses activités culturelles pour tous les publics, petits et grands. Il rend un vibrant hommage à cet homme exceptionnel qui fut à la fois un lettré humaniste, un archéologue passionné et un fervent défenseur de l’école laïque et républicaine.
En visitant ce musée gratuit, vous marchez littéralement dans les pas d’un homme qui a consacré toute sa vie à la connaissance, à la culture et à la liberté de penser – des valeurs universelles qui résonnent encore puissamment aujourd’hui dans chaque salle de cette demeure historique chargée de sens.
Après une enrichissante visite du musée, retrouvons-nous maintenant au point n°13 pour la poursuite de notre parcours !
Vous pouvez admirer ici de nouveau le pittoresque ruisseau des Carmes, mais plus en aval cette fois. Le ruisseau se jette juste après dans la majestueuse Risle. Voilà une charmante particularité locale : chaque maison possède son propre petit pont de passage personnel – trop mignon, n’est-ce pas ? C’est un endroit véritablement idéal pour une belle photo souvenir de votre visite !
Empruntez ensuite la ruelle du quai de la Tour Grise en direction du Pont de Rouen. La Tour Grise, c’est le nom évocateur d’une ancienne tour des fortifications médiévales de la ville, dont les imposants vestiges sont toujours visibles de nos jours. Elle se situe juste en face du colombier qui borde élégamment la Risle. Cette Tour Grise a également servi de pavillon à grain au XVIIIe siècle, jouant un rôle économique important dans le stockage des céréales.
Le colombier, aujourd’hui, a été reconverti en toilettes publiques modernes, si jamais vous en aviez besoin lors de votre visite !
Contemplez ici la belle Risle qui s’écoule paisiblement. Vous pouvez apercevoir des sortes de fresques artistiques peintes un peu partout le long de ses berges. Ces fresques colorées ont été implantées en 2018 par Yann Dehais, talentueux artiste de l’Atelier de Nantes. Ces œuvres murales sont disséminées stratégiquement un peu partout dans la ville pour harmoniser et embellir l’environnement urbain. L’artiste a aussi considérablement amélioré l’esthétique de certaines façades de chantiers disgracieux dans Pont-Audemer, en les enjolivant créativement avec ces magnifiques fresques colorées. Un véritable travail d’art urbain !
Direction maintenant le Pont de Rouen au point n°14, le dernier point de notre visite guidée !
Nous voici quasiment aux portes de l’ancien port de Pont-Audemer, la porte sur le commerce mondial de l’époque.
Contrairement aux apparences trompeuses d’aujourd’hui, Pont-Audemer n’était absolument pas une ville isolée ! Jusqu’en 1975, d’importants bateaux de commerce remontaient régulièrement la Risle depuis l’estuaire de la Seine, apportant avec eux le souffle vivifiant du grand large et l’effervescence du commerce international.
Le port grouillait constamment d’activité et de vie ! On y déchargeait du poisson fraîchement pêché encore brillant, du blé doré à perte de vue, de l’avoine pour nourrir les chevaux, du lin pour les tisserands, du riz exotique venu d’Orient, des huiles parfumées et précieuses, des balles compactes de coton, des huîtres et des coquillages délicats de toutes sortes… Mais surtout, de très nombreuses peaux animales brutes étaient importées massivement à Pont-Audemer pour alimenter l’industrie florissante du cuir !
Ces peaux provenaient parfois de contrées très lointaines et exotiques, apportant avec elles les parfums mystérieux d’autres continents. Les tanneurs de la ville jouissaient à cette époque d’une réputation internationale solidement établie pour la qualité exceptionnelle de leurs techniques de tannage ancestrales. Thierry Hermès a certainement flâné de nombreuses fois sur ces quais animés, examinant attentivement les peaux fraîchement arrivées des quatre coins du monde, apprenant patiemment à reconnaître leur qualité d’un simple toucher expert, développant ce sens tactile qui fera sa renommée.
De plus, ce pont de Rouen se trouve pile sur le trajet quotidien entre son lieu de résidence de l’époque, situé rue de la Brasserie, et son lieu de travail dans la rue Sadi Carnot. Ses pieds ont donc foulé inlassablement cet endroit historique un nombre incalculable de fois, matin et soir, beau temps ou pluie normande.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, la ville subit des bombardements intensifs par les airs et par la terre, mais dans l’ensemble, les dommages matériels restèrent heureusement très limités comparés à d’autres villes normandes. Les constructions en bordure de la Risle furent les plus sévèrement affectées, car les ponts stratégiques et les voies de communication fluviale constituaient parmi les objectifs militaires prioritaires les plus visés par les bombardements alliés.
La partie la plus lourdement touchée fut la zone ouest de la ville, tandis que le centre historique médiéval ne fut frappé que dans son quartier sud. Le pont de Rouen n’a malheureusement pas survécu aux bombardements destructeurs, pas plus que le théâtre municipal détruit en 1944. Tout a ensuite été soigneusement reconstruit grâce aux indemnités de dommages de guerre.
Tous les bâtiments issus de cette période de reconstruction sont très facilement identifiables par leur style architectural très simple et fonctionnel, et leur construction caractéristique en béton brut, contrastant avec les maisons anciennes à colombages.
Pour conclure, j’espère que vous avez pris grand plaisir à découvrir Pont-Audemer et ses petits trésors d’histoire et d’architecture. De nombreux siècles ont façonné cette ville baignant les pieds dans l’eau. N’hésitez pas aussi à découvrir d’autres endroits locaux qui valent vraiment le coup, comme l’abbaye du Bec-Hellouin et son village classé plus beau village de France. L’abbaye y est toujours en fonction, et elle propose des visites guidées par les moines eux-mêmes !
Visitez aussi Cormeilles et sa grande distillerie de calvados, en profitant à la fin d’une petite dégustation très plaisante. Pensez aussi au Marais Vernier classé natura 2000, le gîte à proximité “les Cigognes” vous proposera des vélos pour une belle balade inoubliable. Il y a bien d’autres lieux encore à découvrir, pour tous les goûts, que vous trouverez dans le livre.
N’hésitez pas à me remercier en me laissant un avis sur Google au gîte le Rislois des Baquets ou sur le livre disponible sur Amazon, cela me donnera de la force et permettra à d’autres visiteurs de découvrir ce petit lieu de paradis qu’est notre magnifique petite Venise Normande ! Un grand merci à vous !